Accueil / Informations / Les nouvelles sur les TIC pour le Développement Durable aux Antilles... and the ICT4D news ! / Lyon mise sur les technologies propres

Lyon mise sur les technologies propres

Novethic'Info n°342

Forte de son attractivité scientifique et économique, l'agglomération lyonnaise ambitionne de devenir un leader européen des technologies propres, ces « cleantech » qui fleurissent dans les discours des politiques et industriels. Pourtant, la France reste en retard derrière ces voisins européens, Allemagne en tête. La Sillicon Valley hexagonale mise donc tout sur l'innovation, pour rattraper le peloton de tête.

« Il faut se baser sur l'existant pour développer davantage les technologies propres. » David Kimelfeld, vice président du Grand Lyon chargé du développement économique, insiste sur la nécessité de promouvoir l'innovation au sein des pôles de compétitivité de la communauté urbaine du Grand Lyon. A eux trois, ils génèrent en effet près d'1,7 milliards d'euros de chiffre d'activité, plus de 130 000 emplois et couvrent l'ensemble des cleantech. Lyon Urban Truck & Bus (LUTB), pôle chargé des technologies du transport, Axelera, pôle Chimie et environnement, et Tenerrdis, pôle régional en charge des énergies renouvelables rassemblent ainsi près de 750 « éco-entreprises ». Labellisés "pôle de compétitivité" (label national délivré par le gouvernement), ils constituent une véritable pépinière en matière de R&D et d'applications industrielles. « La communauté urbaine attribue une enveloppe de 18 millions d'euros aux projets d'innovation », rappelle David Kimelfeld. « Nous soutenons également à hauteur de 3 millions d'euros les entreprises pépites, au fort potentiel de développement. »
De surcroit, le Grand Lyon souhaite devenir « un véritable territoire d'expérimentation », en réalisant quelques projets pilotes tout juste sortis des laboratoires de recherches. Dernier exemple en date, l'installation par Renault Trucks de moteurs hybrides mis au point par LUTB sur les véhicules de collecte des ordures. Ou encore Rhodanos, projet de traitement des eaux industrielles et urbaines, dont l'impact économique régional est estimé à 50 millions d'euros de chiffre d'affaires, 4600 emplois crées, et 200 consolidés, selon Axelera.
Mais pour dégager l'espace nécessaire au développement des cleantech, une mobilisation de l'outil foncier s'impose. L'accueil des activités est déjà prévu sur deux sites stratégiques : le campus universitaire de la Doua (dans le cadre du Plan Campus initié par Valérie Pécresse en février 2008), et la fameuse Vallée de la Chimie, en mutation depuis la fin des années 90.

Un label pour l'innovation Le label « pôle de compétitivité » est attribué par une décision du comité interministériel d’aménagement et de compétitivité des territoires (CIACT). Ce comité, présidé par le Premier ministre, fixe les orientations du gouvernement en matière d’aménagement du territoire. Les pôles de compétitivité sont au nombre d e71 depuis le CIACT du 5 juillet 2007.

Un nouvel eldorado de la chimie ?

 

Directeur adjoint de l'IRCE Lyon (Institut de recherche sur la catalyse et l'environnement), Jean-Marie Herrmann apporte également son savoir-faire au comité scientifique d'Axelera. « Nous avons un fort potentiel dans la région : nos bonnes écoles côtoient les industries voisines, et les interactions entre les deux sont nombreuses et productives. » Car c'est ce qui fait la renommée de cette zone d'attractivité : la proximité entre les centres académiques et les industriels concernés, qui y trouvent une main d'œuvre compétente. « Les entreprises du coin embauchent à tour de bras les jeunes qui sortent des écoles ou de l'IUT. Même les Allemands viennent les chercher, pour les renvoyer ensuite en France, à la tête de leurs succursales hexagonales ! »
Reste que les enjeux de la chimie verte sont nombreux. Notamment, la réduction drastiques des déchets de transformation, ou celle de l'utilisation des solvants. Jean-Marie Herrmann précise qu'« en chimie fine, celle des parfums ou des médicaments, 1kg de produit fini génère environ 100 kg de résidus. Nous travaillons résolument à diminuer ce rapport. »

 

Mutation difficile

 

Le potentiel lyonnais attire par ailleurs des investisseurs étrangers venus en nombre au dernier salon Pollutec, au mois de novembre dernier. « J'ai rencontré à plusieurs reprises des entreprises japonaises qui souhaitent investir dans les technologies propres en Europe. L'enjeu est de les inciter à préférer notre région aux centres de recherche allemands, leaders sur ce terrain. » Car la mutation industrielle de cette zone stratégique ne se fait pas sans remous : la fermeture de nombreux sites de production et les licenciements massifs suscitent la colère et l'inquiétude des acteurs locaux. Le cabinet de consultants Sofred, spécialisé en accompagnement de mutation économique, dénombre plus de 1 600 fermetures d'unités depuis 1998, du fait de la disparition progressive de la chimie lourde dans le bassin du sud lyonnais. Alain Charles, consultant chez Sofred, travaille avec le groupe américain Huntsman, propriétaire du site de Ciba à Saint-Fons, qui a fermé ses portes en 2008. « Quasiment tous les industriels du secteur font de la transformation de matière première, et se retrouvent confrontés aux problèmes des coûts et de la compétitivité internationale accrue. » Et si le pari de la chimie verte semble être la solution pour que la vallée retrouve son rayonnement international, la transition n'en reste pas moins longue et délicate, aux impacts économiques et sociaux encore incertains.

 

Anne Farthouat
Mis en ligne le : 12/01/2009